Dossier 04 : Des jeux adaptés
Du temps pour un dossier
Oui, il faut du temps pour sortir un dossier !
En fait, on avait plus ou moins prévu, initialement, de sortir des dossiers écrit à 5. Mais les actualités plus ou moins chargées des uns et des autres fait que finalement, on va sortir des dossiers sans s'attendre les uns les autres.
Ce qui n'empêchera pas de voir ce dossier complété d'ici peu... et pourquoi pas de vos commentaires ?
Vers une redéfinition des jeux de société ?
Les générations se suivent et le jeu s'adapte. C'est en substance ce qu'on peut constater en voyant l'évolution des jeux au fur et à mesure des habitudes générationnelles. L'iPhone en est un exemple : proposant (imposant ?) un nouveau format de "console", les jeux n'ont pas tardé à fleurir en proportion du succès de ce "téléphone" (est-ce encore un téléphone ?).
De même que l'évolution du Web et ses techniques ont permis au jeu de société de connaitre de vraie bonnes adaptations. Je repense avec nostalgie à ces heures passées à jouer à Diplomacy en passant tout simplement par des échanges de mails... !
Allez, trève de soupirs, place à la lecture de choses vraiment plus intéressantes que ma vie électronique !
Vincent.
L'avis d'un internaute
En prélude, voici le copier-coller de l'avis d'un internaute, partageant son expérience avec B. Cathala :
"Je vais parler de deux expériences différentes, via brettspielwelt et via forum
J'ai
joué quelques temps sur BSW (découvert au détour d'un forum) mais
principalement avec des jeux dont je connaissais les règles et que je
possédais déjà. Le principe étant qu'en l'absence de mes partenaires de
jeux habituels (asso et ami) , j'avais bien envie de continuer à
assouvir ma passion du jeu.
Cela a duré quelques semaines (2 a 3 heures par jour) tout au plus et depuis vraiment que très ponctuellement. .
Et cela pour plusieurs raisons :
- Déjà il est très difficile de jouer à un jeu dont on ne connait pas ou pas bien les règles car le média est très compétitif, voir très agressif (niveau jeux bien sur) de la part des joueurs. Donc pas de temps d'apprentissage ou de se faire guider pour comprendre, et si tu précises que tu veux une partie friendly car tu connais mal le jeu, tu te retrouves vite seul. Cela doit être possible, mais vu le nombre de joueurs brassé par le support, il faut avoir un bon coup de chance. Bref moralité on se retrouve vite, dans mon cas, à pratiquer les jeux que l'on connait déjà.
- C'est un support qui va vite, on enchaine les coups puis aussitôt la partie finie on en recommence une avec les mêmes joueurs ou d'autres. Il manque clairement pour moi d'éléments de convivialité, de discussion et le petit quelque chose que j'adore dans une partie.... La 3eme mi temps où l'on refait la partie, on commente les coups, on se chambre un peu voir beaucoup. Bref où l'on s'attend à pouvoir échanger avec des passionnés, on est plus sur un mode de consommation massive de jeu, ou le temps presse.
Vous l'avez
compris, je n'ai pas trop accroché a cette façon de jouer (comme je
n'ai jamais été fan de mmorpg) car c'est un média froid et distant a
mon goût. Je me dit surtout que tout le charme des parties endiablées
de jeux vidéo de mon adolescence venant principalement du fait qu'on se
retrouvait avec mes frangins ou mes potes dans un même lieu devant la
console.
Via Forum :
J'ai organisé plusieurs parties de Jeux
de plateaux par Forum (d'ailleurs je devrais m'y remettre) sur des jeux
comme diplomacy par exemple. Ce mode de jeux offre des perspectives
intéressantes mais demande de la part d'un organisateur un gros
investissement. Il rassemble les éléments donnés par les joueurs et
permet de les mettre a jour rapidement sur le forum.
Il permet
de se donner le temps de jouer et d'échanger des messages entre
joueurs, en général en une semaine on boucle un ou deux tours de jeu.
toutefois
on est encore dans un système de jeux ou il est préférable de connaitre
le jeux par avance et qui se fait principalement entre amis."
Des jeux adaptés. (A. Bauza)
Je ne joue quasiment pas aux adaptations de jeux de société sur mon ordinateur. Si je suis seul, j'allume ma console et je me régale sur une grosse production américaine (Uncharted 2) ou sur un jeu plus poétique comme les japonais savent les faire (Ico, Ookami). Je suis l'heureux propriétaire d'un iPhone que j'ai d'abord acheté pour avoir accès à internet lors de mes déplacements et sur lequel je joue modérément et principalement dans le train. Cette modalité me convient très bien, elle permet de jouer à un grand nombre de jeux avec un investissement (temporel et financier) minimum. Parfait pour découvrir des concepts novateurs (iBlast Moki, Geared) ou pour savourer une minute nostalgique (The Secret of Monkey Island spécial edition) !
Le jeu de société, c'est avant tout partager une expérience ludique avec des échanges sociaux concrets (rires, commentaires éclairés, discussions enflammées, moqueries et mesquineries amicales). Impossible de réunir une telle richesse sans se trouver physiquement dans la même pièce. OK. Bon. Ceci étant dit, la technologie nous permet aujourd'hui de nous asseoir à une table virtuelle, avec des joueurs issus des quatre coins du globe, ou de jouer dans le RER en allant au boulot. Ne pas en profiter serait cracher dans la soupe… et j'adore la soupe !
Portage/Adaptation
Cela fait déjà quelques années que des jeux de société sont adaptés sur des plateformes de jeux sur internet (Boite à Jeux, BrettSpielWelt, Vassal), parfaites pour savourer ses jeux préférés depuis sa tour d'ivoire campagnarde ou lors de ses insomnies chroniques. Par ma part, j'ai eu le plaisir de découvrir des adaptations de Ghost Stories et Pocket Rockets sur Vassal. Je ne suis pas à l'origine de ses adaptations mais leur existence est une réelle récompense pour nous autres auteurs et, plus d'un point de vue plus pragmatique, une publicité gracieuse toujours bienvenue. J'aimerais d'ailleurs savoir quelle est la proportion de joueurs qui découvrent aujourd'hui un jeu sur une telle plateforme avant d'en faire l'achat "physique", quelle proportion ne joue uniquement que sur une telle plateforme et quelle proportion combine le jeu physique et le jeu numérique…
En parallèle de ces portages, réalisés par des joueurs pour des joueurs pourrait-on dire, on commence à trouver des adaptations "officielles" des grands succès de nos tables. Bien sûr le Monopoly et le Trivial Poursuit sont les premiers sur cette liste mais les Colons de Catane ne sont pas loin, suivi de près par Les Aventuriers du Rail et Dungeon Twister (Cocorico !). Très logiquement, cette tendance devrait se prononcer en 2010 via les plateformes PC et consoles et sans aucun doute via les téléphones mobiles, supports idéaux à mon humble avis...
Dans cette aventure, il ne faudrait pas oublier les réseaux sociaux, un vecteur majeur dans les activités ludiques sur la toile. L'éditeur Days of Wonder l'a pris en considération et propose aux joueurs d'associer votre compte d'Aventurier du Rail avec votre profil Facebook. Ce phénomène ravive des vieilles réflexions personnelles sur le développement cross-media et renforce ma volonté de ne pas me limiter à la création ludique en boite. Je ne serai pas surpris que certains éditeurs de jeux de société conçoivent leurs projets de la nouvelle décennie sur un double support, physique et numérique. A mon avis, les premiers arrivés seront les premiers servis. A bon entendeur, messieurs les éditeurs...
Inspiration
Le Jeu vidéo comme source d'inspiration dans les jeux de société ? Faites une partie de Space Dealer pour vous en convaincre ! Son auteur, Tobias Stapelfeldt, a certainement pratiqué RTS (Real Time Strategy - jeux de stratégie en temps réel pour les non-spécialistes) car son jeu est une excellente adaptation de ce style de jeu extrêmement plébiscité par les vidéojoueurs. A essayer impérativement… D'autres auteurs puisent dans le vivier vidéoludique et un nom me vient immédiatement en tête : Vladaa Chvatil, auteur, entre autres, de Galaxy Trucker, Space Alert et du récent Dungeon Lords qui rappellera aux aficionados un jeu de Peter Molyneux paru en 1997, Dungeon Keeper. En puisant dans cet univers vidéoludique, Chvatil apporte un souffle de renouveau sur la création ludique, qu'il en soit remercié ! Les années à venir devraient engendrer des auteurs dont l'inspiration se nourrit de l'univers du jeu vidéo, très certainement...
Etant moi-même tombé dans une marmite de jeux vidéo petit, certaines de mes idées de jeux de société ne sont venues d'une expérience digitale, souris ou manette à la main. C'est le cas de Rockband Manager (à paraître en 2010 chez Edge) qui est un hommage à "Rockstar Ate My Hamster" un jeu de mon adolescence , perle de mon défunt Atari 520STE. Et en lorgnant du côté de Ghost Stories et plus précisément de son emblématique Wu-Feng, vous verrez une référence aux bons vieux boss de fin de niveaux des Beat'em All et Shoot'em Up de mon enfance…
Création
Côté création, je me suis intéressé aux jeux vidéo bien avant les jeux de société. C'est d'ailleurs lors d'une formation en jeu vidéo que j'en suis arrivé à découvrir le jeu de société dit "moderne" puis, de fil en aiguille, à concevoir mes propres jeux en boite, faute d'avoir pu me tracer un chemin dans l'industrie du jeu vidéo. Ne pas avoir pu travailler sur des projets digitaux me laisse quelques regrets et je n'ai jamais abandonné l'idée de travailler sur des jeux numériques. Avec le succès de l'iPhone (Apple) et l'évènement Android (Google), le jeu sur téléphone mobile est le média idéal pour tenter de mettre le pied dans la porte vidéoludique. Très logiquement, je m'y intéresse de près. Au moment où j'écris ces lignes, j'ai un projet d'adaptation de l'une de mes "boites" sur iPhone et je développe un jeu pour la plateforme Android. Quoi qu'il soit, les deux médias réclament une approche créative très différentes…et c'est tant mieux car j'aime la diversité !
Pour conclure, je ne ferai qu'un constat évident : le JdS sort de sa boite, qu'on se le dise !
Des jeux adaptés. (B. Cathala)
Depuis quelques années
...de plus en plus de jeux de plateau bénéficient d’une adaptation pour pouvoir être joués online.
Rien qu’en ce qui me concerne, cela concerne :
- Le collier de la reine (sur le serveur de Days of wonder, mais je ne suis pas sûr que cette adaptation soit encore disponible)
- Mr Jack sur http://hurricangames.com
- Drôles de Zèbres et Kamon sur http://www.boiteajeux.net
- Animalia, Jamaica et MOW sur http://www.jsp-mag.com
Au départ, j’avoue avoir été très sceptique sur l’intérêt de jouer online à des jeux de plateau. J’aime la convivialité, les sourires, les vannes à deux balles, les tentatives d’intimidation avec les regards qui tuent, bref, tout ce qui fait d’une partie entre amis autour d’une table un moment un peu hors du temps, une bouffée d’air frais avant de retourner aux préoccupations du quotidien.
Sceptique, et même un peu réticent : ne courrait-on pas le danger, en proposant un jeu online et gratuitement, de freiner ses ventes en boutique. Si on peut jouer gratuitement par écrans interposés, pourquoi payer !!!
Et puis.. j’ai joué...
et j’ai découvert un univers à la fois proche et différent.
Différent parce qu’effectivement, il manque la présence physique et les regards.
Différent parce que bien souvent les parties ne se déroulent pas en live (tous les participants d’une partie sont connectés ensemble au même moment et doivent jouer la partie jusqu’à son terme), mais en tour par tour (lorsque l’on se connecte sur le site, on effectue les actions de notre tour de jeu sur les différentes parties en cours, puis on se déconnecte avant de revenir plus tard..) ce qui contribue vraiment à avoir le sentiment de jouer en solitaire.
Mais proche aussi parce que dans la grande majorité des cas, le jeu s’accompagne d’un système de tchat, qui permet finalement de s’échanger des messages pendant les parties… et le plus étonnant c’est que ça fonctionne si bien, que parfois, et même souvent, les premiers messages un peu convenus de genre « bonne partie » font peu à peu place à des discussions plus personnelles, plus intimes, comme on les aurait finalement eu dans la vraie vie, et peut être même avec plus de facilité pour certains.
Un lieu de rencontres ?
Du coup, certains des pseudos croisés régulièrement sur la toile sont peu à peu devenus des amis, que j’ai plaisir à rencontrer maintenant physiquement à l’occasion de mes déplacements aux quatres coins de l’hexagone. Et certains de ces joueurs passionnés auront contribué de façon importante à tout les tests poussés nécessaires à la mise au point de Mr jack à New York….
Ce qui me permet d’attirer l’attention sur un des vrais intérêts de l’informatique pour les auteurs de jeu : avoir l’opportunité de coder un prototype sur une plate-forme informatique, en en réservant l’accès à des testeurs de confiance, co-auteurs et membres de l’équipe d’édition me semble être un des aspects les plus intéressants. Abolition des distances, multiplication des séances de test, cette opportunité que nou savons eu pour Mr Jack à New-York me donne vraiment envie de généraliser cette méthode de travail à l’avenir. Différentes plate-formes existent pour faire ce travail (suntzu, vassal) et nécessitent de perdre un peu de temps pour y être à l’aise.. mais le bénéfice à la sortie en vaut sans aucun doute la chandelle !
Et puis… mes réticences sur le danger d’une adaptation online vis-à-vis des ventes en boutique se sont aussi peu à peu effacées :
En effet, l’adaptation online permet aux jeux de ne pas être oubliés trop vite. N’oublions pas que le principal vecteur de propagation d’un jeu est un mécanisme de contamination virale : à savoir que le joueur passionné qui a acheté le jeu à sa sortie va faire jouer des amis, que parmi eux certains auront peut-être envie de l’acheter à leur tour et contamineront d’autres amis etc etc… Si cette chaîne s’interrompt trop vite, alors la vie du jeu sera bien courte. Le joueur passionné, initiateur au combien important de la chaîne de contamination, est aussi souvent un consommateur effréné. Et comme aujourd’hui trop de jeux sortent chaque année, ce joueur, en zappant d’une nouveauté à une autre nouveauté, et ne ressort plus les « vieilles » boites d’il y a trois mois.. la contamination s’arrête. Le jeu meurt, même s’il est très bon.
L’adaptation online casse un peu ce phénomène
Le joueur passionné dispose là d’un lieu pour partager sa passion pour tel ou tel jeu avec d’autres passionnés qui le comprenne et parlent le même langage. Il va s’éclater quotidiennement avec ces partenaires, élaborer de nouvelles stratégies et finalement connaître ce jeu bien plus qu’il ne l’aurait jamais fait autrement. Du coup, lorsque des amis viennent à la maison que va-t-il faire : assez spontanément sortir le jeu dont il maîtrise le mieux les règles et leur explication, c’est à dire le jeu qu’il joue online un peu tous les jours…
De plus, jouer online gratuitement permet à beaucoup d’essayer le jeu avant achat. CE qui est un plus énorme : il faut 7 acheteurs convaincus pour générer un nouvel acheteur, alors qu’un seul acheteur déçu peut faire fuir 7 acheteurs potentiels…
Bref, j’ai vraiment le sentiment aujourd’hui que l’adaptation online peut être une vraie chance lorsque l’interface et la réalisation sont à la hauteur. C’est la chance que nous avons eu avec Mr Jack. Aujourd’hui, les 80 000 parties jouées online à ce jour, à mettre en parrallèle avec plusieurs dizaines de milliers de boites vendues, en sont un témoignage concret.
Enfin, aujourd’hui, nous sommes face à une nouvelle évolution : le jeu de plateau, qui a commencé à migrer vers des plateformes de type PC, commence maintenant à intégrer de nouvelles plateformes : consoles portables (Nintendo DS par exemple), mais aussi et surtout iphone.
Comme je suis curieux et que je possède un iphone
... j’ai téléchargé quleques applications, comme par exemple Robot master, de knizia. Le jeu est très rèussi, l’interface agréable, immédiate et curieusement, le jeu sur iphone est beaucoup plus lisible que la version éditée en boite ! J’ai joué aussi à Poison sur iphone, Et là, je me suis retrouvé dans la situation du joueur découvrant le jeu pour 0.99$ au travers de son portable dans les transports en commun. J’ai été conquis par ce jeu que je ne connaissais que de nom, au oint de l’acheter ensuite pour faire jouer mes potes de la pause de midi. Alors si ça a marché avec moi, pourquoi pas avec d’autres ! Il est aujourd’hui à mon avis impossible d’évaluer quel est l’impact de ce genre d’adaptation iphone, mais je suis intimement persuadé qu’il y a là un train qui est tout juste en train de se mettre en marche et dans lequel il serait plus que souhaitable de monter, pour peu que le jeu s’y prête : C’est le cas de MOW, indéniablement… alors je rêve d’une application MOW sur iphone…. Si quelqu’un s’y connaît.. avis aux amateurs !!!
Des jeux adaptés. (B. Faidutti)
Parmi les récentes entrées dans la ludothèque idéale se trouvent deux grosses boites que j’apprécie énormément, Starcraft et Age of Empires III, dérivés de jeux videos. Contrairement à ce que l’on pourrait croire, et à ce à quoi s’attendent nombre de joueurs, ce ne sont pas des adaptations des jeux informatiques éponymes. Ce sont des jeux de plateau se déroulant « dans le même univers » mais dont les mécanismes n’ont pas grand chose de commun avec ceux des jeux videos. Rien d’étonnant à cela, tant il semble impossible, sauf à générer des lourdeurs insensées, de reproduire avec des cartes, des dés et des pions tous les systèmes complexes régissant des jeux informatiques.
En sens inverse apparaissent aussi des jeux en ligne adaptés de jeux de société. On ne compte plus les sites permettant de jouer à Citadelles, aux Aventuriers du Rail, à Gang of Four et à bien d’autres. Je ne parle même pas du poker. La démarche est ici très différente, puisqu’il s’agit dans tous les cas de « portage », en poids et en volume, des mécanismes des jeux de société. Ce qui n’est pas possible de l’ordinateur au carton est en effet assez aisément réalisable en sens inverse, l’outil informatique n’étant alors que le support sur lequel sont représentés cartes, pions et plateaux de jeu. Et c’est bien pourquoi ces adaptations m’ont toujours semblé creuses et sans grand intérêt. Mes rares parties en ligne des Aventuriers du Rail ou des Pierres du Dragon m’ont d’ailleurs beaucoup déçu, le support informatique n’apportant rien qui ne soit déjà présent dans le jeu d’origine et en retirant en revanche la convivialité, et l’étrange plaisir qu’il peut y avoir à manipuler pions et figurines.
Cela n’est pas dû à une erreur de conception de ces adaptations mais bien à leur nature même d’adaptation sur un support d’un jeu conçu pour un autre support. L’auteur de jeu travaille sur son jeu, son univers, ses mécanismes, à partir des possibilités et des limitations liées aux outils disponibles – cartes, dés, pions et interface transparente pour les jeux de société, interface homme-machine sophistiquée et mécanismes pouvant rester en partie cachés pour le jeu video. La richesse et la sophistication de l’outil informatique fait qu’il est aujourd’hui possible de l’utiliser pour reproduire l’interface des jeux de société, mais l’expérience ainsi obtenue n’est pas aussi satisfaisante qu’avec un véritable jeu. Il peut en aller différemment pour un jeu de stratégie pure, comme les échecs, où la dimension sociale est relativement peu importante, ou pour un casse-tête en solitaire, mais pour un véritable jeu de société, aucun ordinateur, même en réseau, ne me semble actuellement en mesure de remplacer une vraie table avec de vrais joueurs, de vrais pions et de vraies bières.
Pour illustrer cette nécessité d’adaptation du contenu au support, il peut être intéressant de se pencher sur les jeux victimes, selon moi, d’une erreur de casting. Si je n’ai pas aimé Galaxy Trucker et Space Alert, ce n’est pas parce que ce sont de mauvais jeux. Ce sont, je pense, d’excellents jeux, profondément originaux, mais qui souffrent des limitations imposées par le format « réel », en boite. Concrètement, le matériel impose une logistique complexe qui ralentit le jeu et enlève beaucoup au plaisir des joueurs. L’utilisation du support informatique aurait permis de dispenser les joueurs de toute une gestion complexe, et sans doute autorisé quelques raffinements supplémentaires. Galaxy Trucker et Space Alert donnent l’impression que Vlaadâ Chvatil a voulu réaliser des jeux videos sans ordinateur. Il y est parvenu, cela fonctionne, mais on ne peut que suspecter que cela fonctionnerait mieux encore avec un ordinateur. On y ressent, à rebours, la même frustration qu’en jouant aux Aventuriers du Rail en ligne.
Cela ne signifie pas que des synergies entre jeux de société et jeux videos sont impossibles. Les auteurs de jeux de société travaillent artisanalement, selon une logique d’économie de moyens, voire de rationnement, alors que les concepteurs de jeux informatiques pratiquent la division du travail et se sont habitués ces dernières années à laisser dériver leur imagination en déléguant les aspects techniques à des machines et des programmeurs aux capacités quasiment sans limites. Désireux de concevoir des jeux moins ambitieux, moins délirants, souvent destinés aux terminaux petits ou modestes qui semblent dans l’air du temps, comme la DS ou les téléphones, les studios de jeux videos ont, ces dernières années, souvent approché les créateurs de jeux de société. Cette démarche peut être pertinente, du moins avec des auteurs connaissant mieux que moi le jeu informatique, si elle aboutit non à réaliser des jeux de plateau sur ordinateur, mais à créer un nouveau type de jeux exploitant faisant un usage astucieux et pertinent d’outils informatiques comme la DS ou l’Iphone. À l’inverse, mais le résultat peut-être le même, on peut imaginer des jeux de société exploitant ponctuellement l’informatique pour dépasser telle ou telle limite - l’hexagone à huit côtés relèvera sans doute toujours de la quadrature du cercle, mais la carte à trois faces devient envisageable. DS ou téléphones en réseau peuvent ainsi permettre à deux joueurs d’échanger ou de partager des informations sans le révéler aux tiers, une possibilité qui m’a parfois manqué dans les jeux de société classique.
Jeu video et jeu de société n’ont jamais été des mondes qui s’ignoraient, et toutes les enquêtes montrent que les mêmes joueurs pratiquent souvent l’un et l’autre genre. Pourtant, les créateurs de jeux videos et de jeux de société ont développé depuis une vingtaine des années des cultures et des méthodes assez différentes. Chacun a certainement beaucoup à apprendre de l’autre, et dans le jeu, comme en musique ou en littérature, le métissage culturel ne peut être que fécond et réjouissant à défaut d’être toujours profond. Le métissage, le mélange, et non le « portage » à l’identique d’un même jeu du « terminal carton » au « terminal écran », dont, comme joueur, je ne vois pas vraiment l’intérêt.
Après avoir longtemps pensé que rien ne remplacerait journaux et livres de papier, je me suis finalement habitué à lire Le Monde, et nombre de romans en langue anglaise, sur mon iphone. J’en arrive maintenant, l’habitude aidant, à trouver la lecture sur écran plus facile, plus agréable, plus pratique, et à pester contre le fait que beaucoup de livres ne soient encore disponibles qu’en format papier. Si j’ai beaucoup plus de mal avec les jeux de société en ligne, si je n’ai toujours pas de compte sur BrettSpielWelt, c’est sans doute parce que, pour moi, le jeu de société reste avant tout une activité sociale, un prétexte pour se retrouver autour d’une table après un apéro, un bon repas, un café et un digestif. Plus qu’avec la lecture sur écran, c’est avec le sexe sur écran qu’il faudrait sans doute comparer le jeu de société en ligne – mieux que rien, certainement, mais pas totalement satisfaisant.